Marie Combas
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«Avec» ou «sans IA» ne veut plus rien dire

Reformuler une phrase et générer un paragraphe entier avec un modèle de langage, ce n'est pas la même chose. Pourtant on continue de mettre les deux dans le même panier : avec IA, sans IA, point.

Résultat, quelques années de crispations pour rien. Et surtout, une mauvaise réponse à une question qui méritait mieux.

Le vrai problème, c'est le flou

Un post Instagram généré de A à Z et une photo qu'on a simplement agrandie avec un outil IA, ça n'a rien à voir. Aujourd'hui pourtant, les deux finissent sous la même étiquette : fait avec l'IA.

Ce flou ne dérange pas que les puristes. Les créatifs n'ont pas de mots pour décrire leur process. Les client·e·s ne savent pas ce qu'iels paient. Le public, lui, n'a plus vraiment de quoi se faire une opinion.

Niels Ackermann, président du Bureau culturel de Genève, appelle ça un thermomètre de l'IA. On le voit détailler l'idée dans Décryptage Culture sur RTS.

Et le problème est loin d'être théorique. L'émission A bon entendeur (RTS) a voulu vérifier par elle-même : en une journée, son équipe a fabriqué un livre illustré jeunesse entièrement avec ChatGPT et l'a mis en vente sans problème sur une grande librairie en ligne. Le texte tenait la route. Les illustrations, beaucoup moins. Et personne, au moment d'acheter, n'avait moyen de savoir ce qu'il y avait vraiment derrière ce livre.

Pourquoi maintenant

L'IA générative n'est plus un gadget qu'on teste dans son coin. Elle est partout dans le process créatif, de l'idée jusqu'à l'exécution. La question n'est plus vraiment si on l'utilise, mais à quel point.

En parallèle, la révision de la loi sur le droit d'auteur avance en Suisse. Et ce genre de chantier légal a besoin de définitions solides pour ne pas se transformer en foire d'empoigne.

Il y a aussi, plus simplement, une question de confiance. Sans mots communs pour décrire ce qu'on a fait, toute mention d'IA finit suspecte par défaut, même quand le travail humain reste le gros du travail. À l'inverse, une mention précise protège tout le monde : le public comme les créateur·rice·s.

Une échelle, pas une case à cocher

DALIA est née de ce constat, fin mars 2026, sous l'impulsion de trois profils qui ne travaillent pas dans le même bureau : Niels Ackermann (Lundi13), Baptiste Lefebvre, alias Cetusss (Bureau culturel de Genève) et Alexandre Pugin (TWKS). RTS leur a consacré un article au moment du lancement.

Leur idée : arrêter de trancher entre deux mondes et se mettre à mesurer. DALIA compte six échelons, de D0 à D5, qui décrivent qui a eu l'idée, qui l'a exécutée, et qui a jugé le résultat final.

Un détail qui change tout : DALIA ne juge pas la qualité. Un projet D5, quasi autonome, n'est ni meilleur ni pire qu'un projet D0, fait main de bout en bout. L'échelle décrit un process, rien de plus.

Et un même projet peut très bien mélanger les genres. Un tournage classique, des effets visuels générés par IA en post-prod : dans ce cas, on applique plusieurs niveaux à différentes parties de l'œuvre, ou on retient celui qui domine.

Ce que ça change, en vrai

DALIA est gratuite et ouverte. Personne ne la détient. N'importe qui peut s'en servir, la modifier, ou la glisser dans ses propres pratiques, y compris pour construire un argument «sans IA» quand ça a du sens.

Pour une agence, une marque ou un·e indépendant·e, ça veut dire pouvoir expliquer son process avec des mots précis, plutôt que de se cacher derrière une formule vague qui ne renseigne personne, à commencer par le client.

La peur de l'IA n'est pas ce qui rend la transparence nécessaire. Ce qui compte, c'est qu'on ait enfin un vocabulaire pour dire ce qu'on a vraiment fait.

Pour aller plus loin

Autres sources : Bureau culturel de Genève, Le Temps (30/03/2026).

Rédigé par

Alexandre Pugin

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